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Henri Michaux: La noche se agita (Bilingüe - Fragmento)

7 de julio de 2014







I

De repente, el suelo de la habitación apacible muestra una mancha.
El edredón, en ese momento, emite un grito, un grito y un sobresalto; a continuación fluye la sangre. Se humedecen las sábanas, todo se moja. El armario se abre violentamente; de él sale un muerto y se desploma. No es nada divertido, desde luego.
Pero es un placer golpear a una comadreja. Bueno, luego hay que clavarla sobre un piano. Es imprescindible. Después uno se va. También se puede clavarla sobre un jarrón. Pero es difícil. El jarrón no lo resiste. Es difícil. Es una pena.
Un batiente abate al otro y ya no lo suelta. La puerta del armario se ha cerrado de nuevo.
Entonces escapamos, somos miles los que escapamos. Por todos lados, a nado; ¡cuántos éramos, pues!
Estrella de cuerpos blancos, que siempre brilla, brilla…


II

Bajo el techo inclinado de mi pequeño cuarto, está mi noche, sima profunda.
Precipitado constantemente a miles de metros de profundidad, con un abismo varias veces más inmenso bajo mí, me sujeto con la mayor dificultad a las asperidades, extenuado, maquinal, sin control, dudando entre el hastío y la porfía; el ascenso-hormiga prosigue con una lentitud interminable. Las asperidades, cada vez más ínfimas, apenas pueden leerse en el acantilado perpendicular. El abismo, la noche, el terror se unen más y más indisolublemente.


III

Ya en la escalera, empezó a no ser tan grande. Al llegar al tercero, en el momento de atravesar el umbral de mi cuarto, no era mucho más alta que una perdiz. No, no, entonces ya no me interesa. Una mujer, vale, una perdiz no. Ella sabía bien por qué la había llamado. No era para… ¡en fin!
En este caso, ¿por qué obstinarse contra cualquier razonamiento, y retenerme salvajemente por el pantalón?
El último puntapié que le he lanzado la ha hecho caer hasta la portería.
En realidad, yo no quería hacerlo. Ella me ha forzado, puedo decir. Creo que lo puedo decir.
Y ahora, al pie de la escalera, sus pequeños gemidos, gemidos, gemidos, como hacen todos los seres malévolos.

(...)


I

Tout à coup, le carreau dans la chambre paisible montre une tache. 
L’édredon à ce moment a un cri, un cri et un sursaut; ensuite le sang coule. Les draps s’humectent, tout se mouille.
L’armoire s’ouvre violemment; un mort en sort et s’abat. Certes, cela n’est pas réjouissant.
Mais c’est un plaisir que de frapper une belette. Bien, ensuite il faut la clouer sur un piano. Il le faut absolument. Après on s’en va. On peut aussi la clouer sur un vase. Mais c’est difficile. Le vase n’y résiste pas. C’est difficile. C’est dommage.
Un battant accable l’autre et ne le lâche plus. La porte de l’armoire s’est refermée.
On s’enfuit alors, on est des milliers à s’enfuir. De tous côtés, à la nage; on était donc si nombreux!
Étoile de corps blancs, qui toujours rayonne, rayonne…


II

Sous le plafond bas de ma petite chambre, est ma nuit, gouffre profond.
Précipité constamment à des milliers de mètres de profondeur, avec un abîme plusieurs fois aussi immense sous moi, je me retiens avec la plus grande difficulté aux aspérités, fourbu, machinal, sans contrôle, hésitant entre le dégoût et l’opiniâtreté; l’ascension-fourmi se poursuit avec une lenteur interminable. Les aspérités de plus en plus infimes, se lisent à peine sur la paroi perpendiculaire. Le gouffre, la nuit, la terreur s’unissent de plus en plus indissolublement.


III

Déjà dans l’escalier elle commença à n’être plus bien grande. Enfin arrivée au 3ème, au moment de franchir le seuil de ma chambre, elle n’était guère plus haute qu’une perdrix. Non, non, alors je n’y tiens pas. Une femme, bien! pas une perdrix. Elle savait bien pourquoi je l’avais appelée. Ce n’était pas pour… enfin!
Dans ce cas, pourquoi s’obstiner en dépit de toute raison, et me retenir sauvagement par le pantalon?
Le dernier coup de pied que je lui ai envoyé l’a fait tomber jusqu’à la loge de la concierge.
Certes, je ne voulais pas cela. Elle m’y a forcé, je peux le dire. Je crois bien que je puis le dire.
Et maintenant, au bas de l’escalier, ses petits gémissements, gémissements, gémissements, comme font tous les êtres malfaisants.



La nuit remue (1963)
Traducción: Marta Segarra
Foto: David Boeno: Henri Michaux, leçon sur la création poétique de Jorge Luis Borges au Collège de France, 1983


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